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Réponses à 7 des questions posées
au
PROFESSEUR YURI BANDAZHEVSKY
par les médias irlandais, lors de la
conférence de presse de
Ady Roche.
Minsk, avril 2000
1. - Votre brillante carrière a commencé
à Grodno. Pourquoi êtes-vous venu à Gomel après la
catastrophe à la centrale atomique de Tchernobyl? Quel âge
aviez-vous alors?
Y.Bandazhevsky J'ai vécu mon enfance dans la province de Grodno. Ayant
terminé mes études à l'Institut de médecine de
Grodno en 1980 j'ai passé la
spécialisation en anatomie pathologique et ai commencé à
travailler dans le Laboratoire central de recherche scientifique du même
institut. Quand j'étais encore étudiant j'ai commencé
à m'occuper activement de recherches scientifiques et à
réaliser de nombreuses expérimentations sur des animaux de
laboratoire, que j'élevais moi-même à la maison. Le sujet
principal de mes recherches était alors l'étude de l'influence de
différents facteurs (physiques, chimiques et biologiques) de
l'environnement sur la gestation, le développement embryonnaire et la
formation des différents organes et systèmes. Ce travail a abouti
à la préparation de la thèse de candidat au doctorat, que
j'ai soutenue avec succès en 1983. J'ai soutenu la thèse de
doctorat en 1987. La même année j'ai été
nommé directeur du Laboratoire central de recherche scientifique.
La catastrophe de
Tchernobyl a produit sur moi, comme sur un grand nombre de personnes, un
énorme choc psychologique. Je considérais que mon devoir de
médecin me dictait d'apporter mon aide à la solution des
problèmes liés à cette catastrophe. Aussi dès
1988-1989 m'étais-je adressé officiellement à
l'Académie des sciences et au Ministère de la santé avec
des propositions de recherches scientifiques globales sur l'influence de la
radioactivité sur les systèmes et les organes vitaux dans la
période de formation. Il me semblait que tout ce qui était
entrepris alors était insuffisant pour résoudre les
problèmes existants. Il s'agissait avant tout de l'absence d'une vision
claire des mécanismes d'action des radionucléides
incorporés dans l'organisme sur la structure et sur la fonction des
cellules et des tissus, sur le métabolisme. Mon expérience dans
mes travaux scientifiques précédents, qui avait été
reconnue par les principales écoles de l'URSS (Moscou, Leningrad), me
confortait dans l'idée que les sujets proposés étaient
valables. En 1990 le destin a voulu que je fasse directement connaissance avec
la vie des populations de Gomel et de sa province. Je pris la décision
de poursuivre mes recherches scientifiques là bas sur place. J'ajoute
que je projetais de me consacrer exclusivement au travail scientifique dans
l'institut de médecine radiologique qui s'ouvrait alors. Toutefois, en
automne de la même année j'ai été invité
à prendre la direction de l'institut de médecine qui était
en voie d'élaboration à Gomel. J'avais alors 33 ans.
2. - Quelles sont les nouvelles maladies que vous avez
découvertes suite à vos recherches?
Y.B. Les nombreuses recherches scientifiques, tant cliniques
qu'expérimentales, ont montré l'action défavorable de
quantités même faibles de radionucléides incorporés
dans l'organisme, en premier lieu du césium radioactif, sur les
systèmes et les organes vitaux. En premier lieu je voudrais signaler
l'atteinte du système cardio-vasculaire, qu'on observe même chez
les petits enfants. Une dépendance linéaire proportionnelle a
été constatée entre la quantité du césium
radioactif incorporé dans l'organisme et dans le muscle cardiaque, et la
fréquence de même que la gravité des altérations
morphologiques et fonctionnelles. En examinant les lésions dans
l'ensemble des différents organes et systèmes, il a
été possible de déterminer les processus pathologiques
interdépendants tant au niveau du coeur, du foie, des reins, des organe
endocriniens, que du système immunitaire. En conséquence,
m'étant consacré pendant de nombreuses années à la
pathologie, je pense que, sous l'action des radionucléides
incorporés dans l'organisme, avant tout le césium-137, des lésions
morphologiques et fonctionnelles interdépendantes entraînent des
troubles métaboliques dans tous les systèmes et organes vitaux,.
En outre, les lésions de certains organes peuvent avoir leurs
caractéristiques propres, comme par exemple, dans les reins on observe
la destruction des glomérules avec apparition de cavités.
Cependant toutes ces lésions découlent d'un processus
pathologique semblable, que nous appelons syndrome des radionucléides de
longue période incorporés. Sur la base des données
obtenues, la moindre quantité de césium radioactif
incorporé dans l'organisme humain ou des animaux, peut provoquer
l'altération de la structure et de la fonction d'organes et de
systèmes, et entraîner de nouvelles maladies (maladie du coeur et
des vaisseaux, tumeurs malignes, maladies du foie, des reins, de la glande thyroïde
et des autres organes endocriniens) ou aggraver les maladies
préexistantes. L'altération du système immunitaire est
l'une des causes principales de l'augmentation des maladies infectieuses, comme
la tuberculose et l'hépatite virale.
3. - Quel danger y a-t-il aujourd'hui pour les habitants
des régions sinistrées?
Y.B. Les recherches que nous avons effectuées ont montré que le
plus grand danger est représenté par l'action des
radionucléides incorporés dans l'organisme, en premier lieu du
césium radioactif. Si nous ne mettons pas fin à ce processus, les
conséquences peuvent être tragiques. C'est pourquoi un
contrôle rigoureux de la présence du césium radioactif dans
les produits alimentaires est indispensable. Cela concerne surtout les enfants,
qui sont plus sensibles au césium radioactif. A ce propos la situation
démographique me préoccupe beaucoup, car la mortalité de
la population dans la province de Gomel dépasse la natalité de
1,6 fois. Je souligne que cela ne concerne pas seulement ni même avant
tout les tumeurs malignes, mais aussi les altérations pathologiques des
systèmes à métabolisme intense, comme le systèmes
cardio-vasculaire, systèmes nerveux, immunitaire, endocrinien, urinaire,
digestif et de reproduction.
Le césium-137
exerce son action défavorable avant tout sur le système
énergétique des cellules fortement différenciées,
ce qui provoque leur nécrose, ainsi que finalement, dans beaucoup de
cas, la mort de tout l'organisme.
4. - Quel est le danger pour les futures
générations?
Y.B. Compte tenu de l'action directe du césium radioactif sur les jeunes,
sur la formation de leur système reproductif et sur les autres
systèmes essentiels, ainsi que des modifications
génétiques dans les cellules sexuelles, nous avons le devoir
d'être inquiets pour la santé des futures
générations.
5. - L'aide fournie à la République de
Belarus pour la liquidation des conséquences de la catastrophe de la
centrale atomique de Tchernobyl est-elle suffisante?
Y.B. Afin de pouvoir apprécier la valeur de cette aide il est
nécessaire de déterminer la gravité du dommage
causé à la santé des populations, suite à la
catastrophe de Tchernobyl. Je pense que l'aide la plus importante doit
être orientée sur la prévention des maladies qui peuvent
surgir, que j'ai évoquées plus haut. Le problème de
Tchernobyl est le problème du monde entier. Je pense que l'aide de la
communauté mondiale est nécessaire pour la liquidation de ses
conséquences.
6. - Vous venez de commencer à travailler à
l'institut "Belrad". De quel appareillage aurez-vous besoin pour
votre travail?
Y.B. Dans cet institut j'ai l'intention d'étudier les problèmes
liés à l'action du césium radioactif sur la physiologie
des systèmes et des organes vitaux. Je souhaite développer des
méthodes de protection radiologique. Il est nécessaire pour cela
de créer un laboratoire d'histopathologie, collaborer avec des groupes
scientifiques pour mieux saisir les changements structrels-métaboliques
des tissus et des cellules du corps humain et des animaux suite à
l'incorporation du césium radioactif. Il faut en parallèle
étudier les symptômes cliniques au niveau du système
cardio-vasculaire chez les enfants qui vivent dans les territoire
contaminés par des radionucléides. Je souhaite pour cela avoir le
soutien et recevoir l'aide nécessaire qui puisse déboucher sur
une étroite collaboration avec des scientifiques du monde entier. L'aide
pourrait venir d'organisations sociales ou de bienfaisance, auxquelles le
destin des personnes victimes de la radioactivité n'est pas
indifférent, mais aussi de fondations scientifiques. Je voudrais
espérer que le résultat de cette collaboration puisse permettre
la création d'un Centre scientifique international de la pathologie des
radiations, pour que de nombreux chercheurs, travaillant sur le problème
de la protection des personnes contre l'action des rayonnements, puissent unir
leurs efforts pour faire progresser nos connaissances.
7. - Quels moyens de protection voyez-vous aujourd'hui
contre l'action des éléments radioactifs incorporés dans l'organisme
humain?
Y.B. Sur la base de mes recherches, ainsi que sur celle des recherches
effectuées par les collaborateurs de l'institut "Belrad", on
peut attester l'efficacité des produits à base de pectines
d'origine végétale pour mobiliser ou éliminer
partiellement le césium radioactif de l'organisme par voie naturelle.
Ces produits parviennent à corriger les troubles métaboliques dus
à la présence dudit radionucléide.
Minsk,
avril 2000