WLADIMIR TCHERTKOFF

Journaliste de la TV Suisse Italienne

e-mail <eandreoli@vtx.ch

Lugano, 2.1.2000

AFFAIRE  BANDAZHEVSKY

 

Brève chronique des premières actions en Occident

 

En Septembre dernier, au festival "Est-Ouest" de Die consacré à l'Ukraine, où sur le thème de Tchernobyl deux documentaires de la TSI (Télévision Suisse Italienne) ont été projetés et discutés, nous apprîmes presque par hasard de Svetlana Aleksievitch (auteur de "La Supplication) que le jeune et génial recteur de l'Institut de médecine de Gomel, Yuri Bandazhevsky, avait été arrêté et placé en cellule d'isolement deux mois auparavant. Ceci nous confirma à quel point les gens là-bas sont résignés et seuls. Car l'année précédente le professeur Nesterenko (interviewé dans le documentaire "Le piège atomique") nous avait beaucoup parlé de Bandazhevsky, qu'il considère un homme du niveau de Sakharov, dont les recherches sur les conséquences de l'accident de Tchernobyl pour la santé révèlent une situation catastrophique tant pour la vie des victimes présentes et futures, que pour le degré de désinformation générale voulue et maintenue sciemment par le lobby nucléaire mondial. Et rien. Silence. L'idée de décrocher le téléphone, de nous appeler, ne pouvait pas faire partie de l'horizon imaginaire de Nesterenko.  Nous y sommes - nous représentants l'Occident - sans aucun doute pour quelque chose, dans cette résignation. En rentrant en Suisse nous nous mîmes en contact avec les médecins et scientifiques occidentaux qui connaissent ces collègues biélorusses pour vérifier s'ils étaient au courant: deux mois étaient écoulés et personne ne savait rien!

 

On s'est mis au travail sur Internet. Le Professeur Michel Fernex alerta l'association PSR (Médecins pour la Responsabilité Sociale) et l'IPPNW (Association Internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire: Internetional Physician for Prevention of Nuclear War)) dont il est membre. Le Professeur Béhar, président de l'IPPNW Europe, suite à la réunion du Comité Directeur écrivit au Procureur Général de Bélarus. Le Professeur Béhar envisage d'inviter le Professeur Bandazhevsky comme hôte d'honneur à son prochain congrès mondial à Paris en juin 2000.

 

Madame Danielle Mitterrand, fondatrice et présidente de "France-Libertés", écrivit aux ambassadeurs de Russie et de Biélorussie.

 

Amnesty International fut alertée par Bella Belbéoch, scientifique physicienne, secrétaire du GSIEN (Groupement Scientifique pour l'Information Nucléaire).

 

Les écologistes et humanitaires de Moscou (Alexandr Yablokov) apprirent assez tard la chose par les initiatives lancées en Occident, et envoyèrent une lettre sévère aux autorités de Minsk, au moment où la Russie et Belarus signaient le traité d'union.

 

Une pétition à l'OSCE, qui a mis en place un bureau d'observation à Minsk, à recueilli des centaines de signatures par Internet de médecins, de scientifiques, d'universitaires, de députés, de conseillers municipaux, d'acteurs de mouvements citoyens: de citoyens ...

 

Lundi dernier 27 décembre Bandazhevsky a été libéré de prison avec l'interdiction de quitter Minsk en attente du procès. C'est un premier pas. Il sera sans doute difficile de restituer pleinement le professeur à son travail scientifique. L'OMS ne devrait-elle pas soutenir Bandazhevsky et lui donner les moyens de reprendre ses travaux?