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Belorusskaia Delovaia Gazeta
8.9.1999
Les
mystères de Tchernobyl - 1
Arrestation
du professeur Youri BANDAZHEVSKY,
Tant que le professeur Bandazhevsky, en s'appuyant sur
les résultats de ses recherches, se limitait à faire appel aux
autorités pour qu'elles prennent soin de la santé des populations
victimes de l'accident de Tchernobyl, on le tolérait. Quand il a
touché au thème de l'argent, en dénonçant
l'utilisation inappropriée des fonds publics pour Tchernobyl, les ennuis
ont commencé.
Le choc et les conditions de l'arrestation ont
aggravé l'état de santé de Bandazhevsky, qui souffre d'une
maladie ischémique du coeur et d'un ulcère avec
hémorragie. Hospitalisé le 20 août dernier à
l'hôpital du Ministère de l'intérieur, craignant pour sa
sécurité il a renoncé aux soins et
préféré la prison: dans la salle de l'hôpital il
s'était trouvé entouré de criminels de droit commun
authentiques.
Le professeur Bandazhevsky a été
destitué de son poste de recteur de l'institut de médecine
d'état de Gomel.
***
Voici les informations
qui nous sont parvenues de Biélorussie.
Le 12 juillet dernier,
le lieutenant colonel du service médical Vladimir Ravkov, vice-recteur
de l'institut (titulaire de la chaire de médecine militaire -?-),
était arrêté dans le garage de l'institut, emmené de
force par des fonctionnaires de la Direction du Comité contre la
Criminalité Organisée (DCCO), mis en prison et interrogé
pendant des heures. Il se souvient d'avoir bu une fois de l'eau dans le bureau
du juge d'instruction, après quoi il n'était plus capable de
formuler des pensées claires, tout se passait comme dans un brouillard.
Sa femme affirme qu'il a été drogué, car dans son
état normal il n'aurait jamais calomnié Bandazhevsky.
Le professeur
Bandazhevsky était arrêté 24 heures après, le 13
juillet, tard dans la soirée. Il est à noter que ce jour
là était réunie la commission ministérielle de
contrôle sur le déroulement des examens d'admission et que le
professeur Bandatzevsky en sa qualité de recteur de l'institut de
médecine de Gomel avait prié les contrôleurs de
défendre l'école supérieure contre de "mauvaises
insinuations". L'appel fut entendu: quelques heures plus tard,
l'appartement du recteur était perquisitionné et deux appareils
de télévision, un vidéo-enregistreur, un ordinateur, un
trousseau de clés et quatre agendas étaient emportés pour
vérifier qu'il ne s'agissait pas de pots-de-vin. Les fonctionnaires
perquisitionnèrent également le bureau de travail de Bandazhevsky
à l'institut, le garage et l'appartement de sa mère à
Grodno, mais ne trouvèrent aucun "matériel
compromettant". Néanmoins Bandazhevsky fut emprisonné.
Le parquet
régional intenta un procès sur la base de l'art. 169 §3, ce qui
comporte que les deux dirigeants se seraient mis au préalable d'accord
pour favoriser l'admission de certaines étudiants contre de fortes
sommes de pot-de-vin. L'imputation officielle fut d'abord notifiée
à Ravkov. Le recteur, lui, fut mis en détention préventive
de 30 jours et les soupçons à son égard furent
basés, dit-on, sur les déclarations de Ravkov. A la fin de
juillet Ravkov envoya une déclaration au procureur régional, dans
la quelle il rétractait sa déposition précédente.
Néanmoins le 4 août l'imputation fut notifiée au professeur
Bandazhevsky et le Parquet de la République de Biélorussie assuma
l'instruction du dossier. La"découverte" principale
jusqu'à ce jour sont les copies d'examen des candidats de l'année
précédente, où l'on aurait constaté des
altérations et des corrections.
Visiblement, l'absence
de preuves directes ne faisait pas partie des plans des enquêteurs, ce
qui compliqua leur travail. Ceci est probablement l'explication des faits
bizarres qui commencèrent à se produire. Durant plusieurs jours
l'avocat ne réussit pas à trouver Bandazhevsky, ni en prison, ni
au parquet. Il s'avéra par la suite que le recteur fut transporté
d'urgence à Moguilev pour "plus ample informé". Au bout
de quelques jours on apprit que Bandazhevsky était hospitalisé
à l'hôpital régional de Moguilev: de sérieuses
maladies précédentes avaient empiré - ischémie du
coeur et ulcère avec hémorragie. Autour du 20 août on
transféra le professeur dans l'hôpital du Ministère de
l'intérieur à Minsk. Quelques jours plus tard il renonça
aux soins et préféra retourner dans la cellule de la prison,
craignant pour sa sécurité: dans la salle d'hôpital
où on l'avait mis il s'était trouvé seul entouré de
criminels de droit commun authentiques. S'il est vrai que les deux
accusés sont d'aussi invétérés concussionnaires, on
se demande pourquoi les fonctionnaires de la Direction du Comité contre
la Criminalité Organisée n'ont-ils pas attendu le début
des examens d'admission - quelques jours seulement - pour les prendre avec les
mains dans le sac? Evidemment quelqu'un était très pressé
de monter l'affaire. Qui? A ce sujet il y a plusieurs versions.
Il y a quelque temps
Youri Bandazhevsky a envoyé une lettre au président de la
République de Biélorussie, Loukachenko. Il y expose en
détail l'histoire de la création de l'institut de médecine
à Gomel, et la substance des recherches scientifiques de l'école
supérieure pour la défense contre la radioactivité des
populations victimes de l'incident de Tchernobyl. Dans cette lettre le recteur
de l'institut fait état des tentatives de fermeture de l'école
supérieure et de ses mauvais rapports avec le Ministère de la
Santé. Bandazhevsky explique le durcissement des rapports par sa
dénonciation de "l'utilisation
inappropriée des ressources affectées à Tchernobyl par
l'Institut de médecine des radiations du Ministère de la
Santé de Biélorussie" (Institut de Recherche
Scientifique et Clinique des Radiations et d'Endocrinologie - IRSCRE). En
effet, au début de l'année, Bandazhevsky, en sa qualité de
membre d'une commission spéciale, avait analysé l'efficience des
résultats des recherches effectuées par l'IRSCRE en 1998 sur
trois thèmes, pour un financement global de plus de 17 milliards de
Roubles biélorusses. Dans le rapport du professeur il est dit que
seulement quelques travaux, dont le coût s'élève à
1,1 milliard de RB "peuvent
être utiles du point de vue scientifique et pratique", alors que
le reste des 16 milliards de RB "sont
dépensés pour rien". Plus loin le professeur
écrivait que son idée de déplacer l'IRSCRE plus
près des problèmes - à Gomel - ne plaisait pas à de
nombreux dirigeants du Ministère de la Santé. Tant que le professeur Bandazhevsky, en s'appuyant sur les
résultats de ses recherches, se limitait à faire appel aux
autorités pour qu'elles prennent soin de la santé des populations
victimes de l'accident de Tchernobyl, on le tolérait. Mais quand il a
touché au thème de l'argent, en dénonçant
l'utilisation inappropriée des fonds publics pour Tchernobyl, les ennuis
ont commencé. Dans ce sens l'accusation portée contre Bandazhevsky
est interprétée par nombre de personnes comme une
contremanoeuvre.
Ces temps derniers de
nombreuses instances ont commencé à recevoir des lettres avec
d'horribles histoires sur les abus du professeur Bandazhevsky. Le recteur de
l'institut de médecine le savait. Dans sa lettre au président il signale:
"Ces dernières années
une énorme quantité de lettres anonymes ont été
fabriquées contre moi, dont les contenu ne correspondent pas à la
réalité". Puisq'il n'est pas d'usage de répondre
aux lettres anonymes, Bandazhevsky décida de commenter une missive dont l'auteur
s'était nommé. Dans cette lettre, adressée au
secrétaire d'état Victor Cheiman, une personne assez connue en
Biélorussie accusait Bandazhevsky de "concussion et de trahison de la Patrie". Dans sa lettre au
président Bandazhevsky avait d'abord cité le nom de l'auteur de
cet écrit, puis le ratura, ayant appris que la personne, dont la
signature figurait dans la missive "indignée", avait déclaré
officiellement n'avoir aucun rapport avec cette lettre. Un cas analogue est
arrivé à Natalia Ravkova (elle n'est pas seulement la femme du
vice-recteur, mais aussi élève de Bandazhevsky et employée
de l'école supérieure).Il y a peu de temps une notification de
l'administration du président Loukachenko arriva à son nom
à l'institut, où il était dit que "sa lettre au sujet
de Bandazhevsky était parvenue au destinataire". Au début
Ravkova pensa qu'il s'agissait d'une erreur. Mais peu de temps après il
apparut qu'effectivement une lettre était arrivée dans
l'administration du président de la part de "la femme de Rovkov"
(avec l'erreur dans le nom), contenant des dénonciations contre
Bandazhevsky...
Le juge d'instruction
trouvera certainement, s'il le voudra, les vrais auteurs des
dénonciations. Et sans aucun doute voudra-t-il découvrir pourquoi
ils clament la vérité à cor et à cri exclusivement
en se couvrant de faux noms...
D'après ce qu'on
sait le Parquet a l'intention de construire l'accusation sur la base des copies
d'examen, qui contiennent des altérations. Evidemment il ne s'agit pas
de preuves directes. Aussi un appel a-t-il été lancé
à travers la région de Gomel: que ceux qui ont versé des
pots-de-vin pour l'admission de leurs enfants à l'institut, se
présentent et se repentent. (L'avertissement est transparent: votre fils
a été admis l'année dernière de façon
abusive. Nous avons contrôlé sa copie. Si vous reconnaissez avoir
versé de l'argent pour son admission il ne sera pas
éloigné de l'instit. - W.T.)
Il est clair que
"l'ajustement" des notes sur les copies ne signifie pas encore que le
coupable est le recteur. D'autant plus qu'une commission ministérielle
de contrôle sur le déroulement des examens d'admission a
travaillé l'année dernière dans son institut. Dans les
conclusions de la commission il est dit: "Les
commissions d'examen des disciplines sont formées d'enseignants parmi
les plus qualifiés des écoles supérieures et secondaires
de Gomel, en outre leur composition a été rénovée
de 30-40%... Les copies avec les appréciations "insuffisant"
et "excellent" étaient obligatoirement vérifiées
par le président de la commission de matière"... Le
recteur n'est mentionné que pour dire qu'il a été
nommé président de la commission d'admission. Les
contrôleurs n'ont donc formulé aucune observation, ni
relevé d'infractions ayant trait à des falsifications d'office.
Et pourtant le parquet est confronté aujourd'hui à des travaux de
candidats de l'année dernière consciencieusement
altérés. Et, comme le signale la DCCO, une quarantaine de
familles de Gomel ont déjà avoué avoir
"arrosé" l'admission
de leurs enfants dans l'institut de médecine l'année
dernière.
Il nous semble que le
parquet devrait travailler autour de cette question: comment se fait-il qu'il n'ait pas été possible
d'obtenir des examens d'admission honnêtes alors que des contrôleurs
ont travaillé à l'école supérieure et que des
examinateurs ont été invités "du dehors"? Il est
très simple de dire que le recteur a pris des pots-de-vin (fait
d'ailleurs non confirmé). Il est plus compliqué de s'y retrouver
dans chaque cas concret de note d'examen "retouchée"...
P.S. Cette année, alors que
les examens d'admission se sont déroulés en l'absence des
"concussionnaires" Ravkov et Bandazhevsky, la commission
ministérielle a relevé des inexactitudes dans le calcul des notes
des examens écrits de divers candidats. La question a été
réglée au niveau de la commission d'appel.
(traduction partielle par Wladimir Tchertkoff
de l'article de Irina MAKOVETZKAIA,)
Adresse utile:
Monsieur Oleg BOZHELKO
Procureur
général de la République de Belarus
MINSK
BELARUS