LE
PALAIS DE JUSTICE de Nice est en crise ! Les magistrats du siège
doivent se réunir cet après-midi en assemblée générale
extraordinaire après les déclarations d'Eric de Montgolfier
dénonçant la « disparition de dossiers » et «
l'influence présumée de certains réseaux francs-maçons
sur le cours de la justice ». L'ordre du jour de cette AG ne devrait
pas viser personnellement le procureur, mais évoquer les «
devoirs de transparence et d'impartialité du juge ». Michel
Barat, 51 ans, grand maître de la Grande Loge de France (GLF) de
1990 à 1993, revient sur les déclarations d'Eric de Montgolfier.
Directeur général du pôle universitaire Léonard-de-Vinci
(Hauts-de-Seine), il s'exprime ici en son nom personnel.
Comment réagissez-vous
aux propos d'Eric de Montgolfier mettant en cause la possible influence
de réseaux maçons sur la justice niçoise ?
Michel Barat. C'est la première
fois, en période républicaine, que l'on entend cela. Il faut
veiller à ne pas renouer le complot judéo-maçonnique.
Pouvez-vous
nier toute dérive affairiste chez les francs-maçons ?
Ce serait idiot, mais cela
reste minoritaire. Il y a des personnes qui pensent que la maçonnerie
peut être un instrument de promotion sociale. C'est encore plus accentué
en milieu corrompu.
Qu'avez-vous
constaté sur la Côte d'Azur lorsque vous étiez grand
maître de la GLF ?
J'avais la conviction que des
ateliers, quelle que soit leur obédience, situés à
Nice, Cagnes-sur-mer..., étaient pénétrés par
des personnes venant du Front national (FN). J'ai été amené
à remettre de l'ordre en rappelant l'incompatibilité entre
les idées d'extrême droite et nos principes. Mon action s'est
traduite par plusieurs départs de membres de la GLF, dont l'un d'eux
s'est présenté plus tard pour le FN.
Comment le
FN a-t-il pu s'infiltrer chez les francs-maçons ?
Pour entrer dans une loge,
il y a une enquête sur la bonne moralité du futur membre.
Mais les gens peuvent agir subrepticement. Une personne peut paraître
sympathique. On ne va pas plus loin... C'est un manque de rigueur ! Quel
est le but de l'extrême droite en infiltrant une loge maçonnique
? Leur objectif est d'abord une mission de renseignement, afin de savoir
ce que nous faisons. D'autre part, ils pensent que nous sommes une société
occulte, qui peut servir d'instrument de pouvoir. Tout cela est lié
à la tentation affairiste. Jusqu'où peut aller la «
fraternité » d'un frère envers un autre, notamment
en matière de justice ? Il n'est pas dans notre tradition d'installer
des réseaux d'influence.
Si un frère est au
chômage, vous allez l'aider. S'il est en prise avec une affaire
de justice, vous allez peut-être lui fournir un avocat, mais jamais
intervenir sur la magistrature. Si un juge franc-maçon se retrouve
face à un frère, il doit réagir comme si l'autre ne
l'était pas. Un policier ou un juge doit-il déclarer son
appartenance à une obédience ? Je suis hostile à ce
que l'on oblige quelqu'un, parce qu'il est fonctionnaire, à indiquer
ses fonctions religieuses ou philosophiques. C'est une atteinte à
la liberté privée. Ceci dit, un franc-maçon n'a pas
de raison de cacher son initiation. Il peut en être fier. La franc-maçonnerie
doit se débarrasser de son complexe et avoir pignon sur rue. Le
juge niçois Jean-Paul Renard a préféré quitter
la Grande Loge nationale de France (GLNF) lorsqu'il a su qu'il allait avoir
le dossier Mouillot, ex-maire de Cannes, lui-même membre de la GLNF.
Si cet homme craignait que son atelier puisse le mettre dans une situation
où il aurait subi des pressions, il a très bien fait, car
alors ce n'était plus une structure maçonnique.
Propos recueillis par Christophe Dubois