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Justice et Franc-maçonnerie

 
 
 
  

  

Le Parisien,  Mercredi 27 octobre 1999

« Un franc-maçon n'a pas de raison de se cacher » Michel Barat ex-grand maître de la Grande Loge de France



 
 

 LE PALAIS DE JUSTICE de Nice est en crise ! Les magistrats du siège doivent se réunir cet après-midi en assemblée générale extraordinaire après les déclarations d'Eric de Montgolfier dénonçant la « disparition de dossiers » et « l'influence présumée de certains réseaux francs-maçons sur le cours de la justice ». L'ordre du jour de cette AG ne devrait pas viser personnellement le procureur, mais évoquer les « devoirs de transparence et d'impartialité du juge ». Michel Barat, 51 ans, grand maître de la Grande Loge de France (GLF) de 1990 à 1993, revient sur les déclarations d'Eric de Montgolfier. Directeur général du pôle universitaire Léonard-de-Vinci (Hauts-de-Seine), il s'exprime ici en son nom personnel. 

Comment réagissez-vous aux propos d'Eric de Montgolfier mettant en cause la possible influence de réseaux maçons sur la justice niçoise ?

Michel Barat. C'est la première fois, en période républicaine, que l'on entend cela. Il faut veiller à ne pas renouer le complot judéo-maçonnique. 

Pouvez-vous nier toute dérive affairiste chez les francs-maçons ?

Ce serait idiot, mais cela reste minoritaire. Il y a des personnes qui pensent que la maçonnerie peut être un instrument de promotion sociale. C'est encore plus accentué en milieu corrompu.

Qu'avez-vous constaté sur la Côte d'Azur lorsque vous étiez grand maître de la GLF ?

J'avais la conviction que des ateliers, quelle que soit leur obédience, situés à Nice, Cagnes-sur-mer..., étaient pénétrés par des personnes venant du Front national (FN). J'ai été amené à remettre de l'ordre en rappelant l'incompatibilité entre les idées d'extrême droite et nos principes. Mon action s'est traduite par plusieurs départs de membres de la GLF, dont l'un d'eux s'est présenté plus tard pour le FN.

Comment le FN a-t-il pu s'infiltrer chez les francs-maçons ?

Pour entrer dans une loge, il y a une enquête sur la bonne moralité du futur membre. Mais les gens peuvent agir subrepticement. Une personne peut paraître sympathique. On ne va pas plus loin... C'est un manque de rigueur ! Quel est le but de l'extrême droite en infiltrant une loge maçonnique ? Leur objectif est d'abord une mission de renseignement, afin de savoir ce que nous faisons. D'autre part, ils pensent que nous sommes une société occulte, qui peut servir d'instrument de pouvoir. Tout cela est lié à la tentation affairiste. Jusqu'où peut aller la « fraternité » d'un frère envers un autre, notamment en matière de justice ? Il n'est pas dans notre tradition d'installer des réseaux d'influence
Si un frère est au chômage, vous allez l'aider. S'il est en prise avec une affaire de justice, vous allez peut-être lui fournir un avocat, mais jamais intervenir sur la magistrature. Si un juge franc-maçon se retrouve face à un frère, il doit réagir comme si l'autre ne l'était pas. Un policier ou un juge doit-il déclarer son appartenance à une obédience ? Je suis hostile à ce que l'on oblige quelqu'un, parce qu'il est fonctionnaire, à indiquer ses fonctions religieuses ou philosophiques. C'est une atteinte à la liberté privée. Ceci dit, un franc-maçon n'a pas de raison de cacher son initiation. Il peut en être fier. La franc-maçonnerie doit se débarrasser de son complexe et avoir pignon sur rue. Le juge niçois Jean-Paul Renard a préféré quitter la Grande Loge nationale de France (GLNF) lorsqu'il a su qu'il allait avoir le dossier Mouillot, ex-maire de Cannes, lui-même membre de la GLNF. Si cet homme craignait que son atelier puisse le mettre dans une situation où il aurait subi des pressions, il a très bien fait, car alors ce n'était plus une structure maçonnique. 

Propos recueillis par Christophe Dubois