MALADIE COELIAQUE 


I. Epidémiologie

II. Physiopathologie

III. Signes cliniques

IV. Traitement


La maladie cœliaque est caractérisée par une malabsorption, une structure anormale du grêle et une intolérance au gluten, protéine du blé et de produits dérivés. Elle a été à juste titre considérée comme une entéropathie induite par le gluten. La maladie cœliaque de l'enfant et la sprue cœliaque des adultes sont probablement une seule et même affection, de même pathogénie.

 

I.Epidémiologie

Les données sont insuffisantes pour estimer avec précision l'incidence de la sprue cœliaque dans une population donnée. Cela provient surtout du fait que cette maladie est d'une sévérité très variable, certains individus pouvant être porteurs de lésions histologiques typiques sans aucune symptomatologie apparente. Dans la plupart des séries, 70% des sujets sont des femmes. L'incidence semble plus élevée chez les jumeaux que dans la population générale ce qui suggère que la sprue pourrait être héréditaire sur le mode dominant à pénétrance incomplète. Certains antigènes d'histocompatibilité en particulier le HLA-DR3 et le HLA-DQw2 sont plus fréquents dans la sprue cœliaque. Il a été suggéré que de tels facteurs génétiques pouvaient prédisposer à la tolérance de protéines alimentaires comme les peptides du gluten ou à la production d'anticorps antigluten pathogènes susceptibles de fixer le gluten aux cellules épithéliales avec les lésions histologiques qui en découlent. Le fait que les membres d'une même fratrie HLA-identiques ou des jumeaux monozygotes diffèrent quant à la survenue de la sprue cœliaque, pose la question de l'existence d'un autre gène (ou d'autres gènes) de susceptibilité non encore identifié et qui serait nécessaire au développement de la sprue cœliaque.

 

II.Physiopathologie

  1. il existe une homologie de la séquence d'acides aminés entre une partie de l'A-gliadine et une
  2. protéine virale (E16) produite par Ad l2 et

  3. les malades atteints de sprue cœliaque non traitée présentent plus fréquemment des anticorps dirigés contre Ad 1 2 que les malades atteints de sprue cœliaque traitée et les sujets témoins. D'autres études, cependant, n'ont pas montré que les antécédents d'infection à adénovirus de type 12 étaient beaucoup plus fréquents chez les patients atteints de sprue cœliaque que chez des sujets non atteints. Néanmoins, ces observations sont en accord avec l'hypothèse de l'existence d'un facteur environnemental aussi bien que d'une prédisposition génétique pour expliquer le fait que seulement certains malades développent une sprue cœliaque. Malgré des études poussées, nous ne possédons pas à ce jour assez de données pour faire une synthèse des divers facteurs diététiques, immunologiques et génétiques entrant dans la pathogénie de cette maladie.

 

III.Signes cliniques

Il faut souligner cependant que certains malades peuvent ne présenter que des anomalies isolées qui rendent le diagnostic initial de maladie cœliaque difficile. Ces malades peuvent consulter pour une anémie par carence martiale sans saignement extériorisé, ou pour un saignement anormal dû à une hypothrombinémie, sans diarrhée ni stéatorrhée apparente. De même, certains malades atteints de maladie cœliaque peuvent présenter un tableau initial déconcertant de maladie osseuse métabolique sans diarrhée ni stéatorrhée. Ces malades se plaignent habituellement de douleurs osseuses et on met souvent en évidence une déminéralisation osseuse diffuse des déformations par tassement, une cyphoscoliose et des fractures évoquant un syndrome de Milkman. Les troubles de l'émotivité sont fréquents chez ces malades. Il arrive fréquemment qu'une perte de poids initialement attribuée à un syndrome anxiodépressif soit en fait secondaire à une maladie cœliaque. Pour chacun des précédents tableaux cliniques, le diagnostic de maladie cœliaque doit être envisagé comme diagnostic différentiel. La maladie cœliaque peut être associée à certaines affections dont la plus connue est la dermatite herpétiforme mais aussi le diabète, le déficit sélectif en IgA, l'angiocholite sclérosante, la cirrhose biliaire primitive, la colite ulcéreuse et surtout la colite lymphocytaire ou microscopique.

En l'absence de test diagnostique spécifique, trois critères doivent être réunis pour établir un diagnostic de maladie cœliaque:

  1. l'existence d'une malabsorption
  2. la présence d'une atrophie villositaire sur la biopsie du grêle (jéjunale) accompagnée de modifications de l'épithélium de surface
  3. l'amélioration clinique, biochimique et histologique après instauration d'un régime sans gluten.

En cas de doute, un test de provocation par administration de 30 à 50 g de gluten per os permettra de poser le diagnostic d'entéropathie au gluten devant une augmentation rapide de la diarrhée, de la stéatorrhée. Les anomalies des tests d'absorption intestinale peuvent être minimes ou sévères. Les perturbations de ces tests sont assez bien corrélées à la longueur du segment de grêle atteint et, à un moindre degré, à la sévérité des lésions proximales. Les anticorps antigliadine ont été largement utilisés pour le dépistage de la maladie cœliaque. Dans une étude utilisant ce test, des candidats à la biopsie jéjunale ont été sélectionnés parmi 328 sujets apparentés du premier degré à 128 patients atteints de maladie cœliaque. Vingt et un de ces sujets avaient des anticorps antigliadine et 13 des biopsies jéjunales compatibles avec une maladie cœliaque. La recherche d'anticorps anti-endomysium semble aussi représenter un test prometteur. Ainsi les anticorps antigliadine et anti-endomysium peuvent être considérés comme une méthode fiable pour le dépistage familial de la maladie cœliaque. Les sujets apparentés à des malades atteints de maladie cœliaque et dont les tests sont positifs peuvent être considérés comme porteurs latents de maladie cœliaque. Une variante possible de la maladie cœliaque est la sprue collagène. Dans cette affection, les biopsies du grêle révèlent de façon caractéristique une muqueuse émoussée et aplatie avec des amas importants de substances hyaline éosinophile dans le chorion. Dans une étude de 349 biopsies jéjunales provenant de 145 malades atteints de maladie cœliaque, 45 (31%) présentaient un épaississement de la membrane basale, souvent associé à un dépôt de collagène. Onze patients seulement présentaient un dépôt dense de collagène. Une malabsorption incurable et fatale a été observée chez 4 de ces malades. Ces observations suggèrent qu'un épaississement collagène de la membrane est fréquent chez les malades atteints de sprue mais que les dépôts denses de collagène sont inhabituels et peuvent être de mauvais pronostic.

 

IV. Traitement

Malgré les incertitudes diagnostiques dans la maladie cœliaque, environ 80% des malades s'améliorent après l'instauration d'un régime sans gluten. L'amélioration symptomatique survient en quelques semaines alors que celle des tests d'absorption et de l'histologie peut demander des mois. Il a été démontré maintes fois qu'une observance stricte du régime sans gluten apporte de meilleurs résultats qu'une restriction partielle. Cependant, l'amélioration histologique peut parfois rester négligeable malgré une observance stricte du régime. Les malades traités par les corticoïdes sans régime d'exclusion du gluten s'améliorent sur le plan clinique et histologique et sur celui des tests d'absorption. Le mécanisme par lequel les corticoïdes protègent la muqueuse des effets du gluten n'est pas clair.

 Si un malade atteint de maladie cœliaque ne répond pas au régime sans gluten, d'autres possibilités ou complications doivent être envisagées :

  1. le diagnostic est erroné,
  2. le régime n'est pas correctement suivi,
  3. il existe une autre affection associée telle qu'une insuffisance pancréatique,
  4. il peut exister une ulcération du jéjunum ou de l'iléon,
  5. il peut s'agir d'un déficit en lactase avec intolérance au lait,
  6. il peut s'agir d'une sprue collagène,
  7. le malade peut avoir développé un lymphome intestinal, maladie dont l'incidence est plus élevée chez les sujets atteints de maladie cœliaque que dans la population générale et
  8. le malade peut développer une colite lymphocytaire microscopique.
  9. Il faut souligner enfin que chez un petit nombre de malades, on observe une réponse retardée au régime sans gluten, l'amélioration significative ne survenant qu'après 24 à 36 mois de traitement. Environ 50% des malades atteints de sprue réfractaire répondent aux corticoïdes. Pour de tels malades, une alimentation parentérale peut s'avérer nécessaire.

 

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