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RETINOPATHIE DIABETIQUE
I. GENERALITES
La rétinopathie diabétique (RD) peut apparaître après 7 ans d'évolution de la maladie diabétique, quel qu'en soit son type. Elle est en effet liée à la micro-angiopathie rétinienne, elle-même conséquence d'une sommation de glycémies pathologiques dans le temps.
Ces lésions de micro-angiopathie rétinienne ne sont en rien spécifique à l'œil et traduisent une atteinte généralisée de la micro-circulation, de même que la neuropathie, l'atteinte musculaire ou la glomérulopathie. Elle en reste cependant une localisation importante car elle peut compromettre la fonction visuelle.
Seule l'équilibration, aussi précise que possible sur tout le nycthémère, de la glycémie, permet d'en retarder la date d'apparition. La glycémie à jeun ne semble donc plus un test suffisant pour juger de cette équilibration, car il n'est pas assez dynamique. La glycémie postprandiale ou les cycles glycémiques apparaissent plus fiables.
II. PHYSIOPATHOGENIE - LESIONS
a. Lésions du capillaire
Elles sont de 3 types
Ces deux modifications histologiques entraînent une perte de résistance (le capillaire se dilate avec formation d'anévrisme) une perte d'étanchéité (à l'origine de l'œdème et d'hémorragies)
b. Les facteurs hémorhéologiques
Ils sont multiples chez les diabétiques: Diminution de la capacité de transfert de l'O2 en raison d'anomalies de l'hémoglobine, diminution de la déformabilité érythrocytaire, augmentation de la viscosité sanguine, rôle plaquettaire.
c. L'ensemble de ces anomalies conduit aux différentes lésions que l'on peut observer au niveau rétinien
a-
Micro-anévrismePonctuation rouge-foncée, à bords nets, siégeant en n'importe quelle zone rétinienne, mais avec une prédilection pour le pôle postérieur. L'angiographie montre des caractères importants : outre leur nombre plus important que ne le laisse présager l'examen ophtalmoscopique, leur remplissage persistant au temps tardif et la faible diffusion du colorant à travers leur paroi.
b
- Dilatations capillairesElles ne sont visibles qu'en angiographie, sur les temps précoces. Aux temps plus tardifs, la diffusion de colorant au travers de ces capillaires anormaux peut les masquer. L'importance de cette diffusion est un élément pronostique : elle est d'autant plus défavorable qu'elle est importante et quel siège près de la fovéa. En effet, elle participe à la formation de l'œdème rétinien et/ou maculaire, selon sa localisation.
a
- Hémorragies rétiniennesElles sont petites, rouges, punctiformes (diagnostic différentiel des micro-anévrismes) ou en flammèches. Elles se traduisent par des taches sombres en angiographie, masquant la fluorescence choroïdienne (fluorescence de fond). Elles évoluent vers la résorption alors que de nouvelles localisations apparaissent.
b
- Oedème rétinienIl est lié à l'hyperperméabilité pariétale au niveau des capillaires distendus, des micro-anévrismes, des néo-vaisseaux. Il se traduit par l'accumulation d'un transsudat dans l'épaisseur de la rétine. Celle-ci est donc dilatée. Sa dilatation ultime se traduit par 'le décollement du neuro-épithélium', irréversible et qui entraîne une perte totale de la vision.
Ophtalmoscopiquement, l'oedème rétinien est soupçonné devant une rétine pâle, mais aussi devant l'existence d'exsudats jaunâtres. En angiographie, aux temps tardifs, le territoire rétinien œdémateux appareil comme une plage blanchâtre de diffusion homogène de colorant.
c
- Oedème maculaireSeul l'oedème maculaire est responsable de signes cliniques patents. Cette complication grave, peut être responsable d'un décollement séreux du neuro-épithélium et de la dégénérescence cystoïde
d
- Exsudats intra-rétiniensIl s'agit d'exsudats secs de résorption. Ils sont profonds et traduisent une réaction macrophagique phagocytant les produits lipidiques transsudés dans la rétine. C'est un moyen de défense contre l'oedème rétinien. Ils disparaissent après traitement et résorption de l'oedème. Mais, ils aggravent le décollement du neuro-épithélium.
En ophtalmoscopie, ils apparaissent jaunâtres, de taille variable, en rayon de roue autour de la macula (exsudats stellaires) ou en guirlande, formant une couronne (exsudats circinés). Ils siègent au pourtour d'une zone d'oedème en rétine saine. L'angiographie permet de retrouver l'anomalie vasculaire, point de départ de l'oedème qui leur a donné naissance, mais ils sont invisibles en angiographie.
a
- Territoires de non-perfusionIls sont invisibles en ophtalmoscopie. En angiographie, ils se traduisent par une zone rétinienne noire, volontiers triangulaire, quels que soient les temps d'examen, dans laquelle le réseau capillaire a disparu. Ils sont bordés de capillaires dilatés et de micro-anévrismes.
Ce sont des territoires non fonctionnels, mais non perçus par le patient quand ils siègent en périphérie rétinienne.
b
- Exsudats mous (nodules dysoriques)Il s'agit d'exsudats cotonneux, liés à l'interruption du flux axoplasmique par occlusion artériolaire. Ils sont les témoins d'un processus ischémique localisé. Ils apparaissent blancs, cotonneux, ne prenant pas le contraste en angiographie.
c
- Néo-vaisseaux : ils apparaissent au stade tardif d'une rétinopathie diabétique ischémique, dont ils sont la conséquence. Il peut s'agir denéovaisseaux rétiniens ou iriens (l'ischémie rétinienne induit un facteur vaso-prolifératif mal connu, dont l'effet reste localisé à proximité des zones où il est produit)
La néo-vascularisation pré-papillaire apparaît lorsqu'une surface de rétine assez grande est ischémique, même en l'absence de néo-vaisseaux rétiniens. Elle s'accompagne d'un voile conjonctif, étendu devant les vaisseaux temporaux, qui peut s'opacifier en plus du risque de traction et d'hémorragie.
L'angiographie permet de faire le diagnostic des zones rétiniennes ischémiques. Seule la destruction des zones ischémiques par photocoagulation au laser ou cryo-application est susceptible de prévenir la néovascularisation.
III. Diagnostic
1. Circonstance de découverte
La rétinopathie diabétique est découverte, le plus souvent lors du bilan effectué chez un diabétique connu. Tout diabète imposant un examen clinique et paraclinique régulier de manière fortuite. La rétinopathie diabétique est alors révélatrice d'un diabète méconnu. à l'occasion d'une de ces complications, que le diabète soit connu ou non
2. Interrogatoire
Il précise:
3. Examen oculaire
Il est bilatéral et comparatif. Il comporte:
Toutes les lésions décrites peuvent être rencontrées dès le premier examen.
4. Bilan général
Examens cardiaque, neurologique, néphrologique…
IV. Formes cliniques
1. Rétinopathie débutante
A ce stade le bilan biomicroscopique est normal. Seuls les clichés angiographiques montrent les anomalies. Il peut s'agir
de dilatation de la capillaire maculaire
de zones d'ischémie: Territoires de non-perfusion, modestes, siégeant avec prédilection au pôle postérieur.
de micro-anévrismes
L'évolution vers l'une ou l'autre forme ischémique ou œdémateuse est imprévisible. Néanmoins, il existe un stade réversible de rétinopathie diabétique débutante et un stade où la lésion va évoluer pour son propre compte.
2. Rétinopathie ischémique
Elle comporte 2 stades
L'examen rétinien permet de suspecter de l'existence de zones de non-perfusion sur l'existence de signes indirects
Toutes ces lésions siègent à la périphérie des zones de non-perfusion. L'angiographie précise au mieux leur étendue. Une évolution spontanée, en l'absence de photocoagulation au laser se fait vers la néovascularisation
C 'est la forme compliquée de la rétinopathie diabétique, induite par l'ischémie. L'évolution non traitée conduit dans la quasi-totalité des cas à la cécité par le biais:
d'hémorragies intra-vitréennes, dont la répétition rend la résorption de plus en plus difficile. de décollement de rétine du fait de tractions.
de glaucome néovasculaire (GNV) (en cas de néo-vaisseaux iriens).
d'opacification du voile fibro-glial accompagnant les néo-vaisseaux intra-vitréens.

fig.1 : Prolifération Rétino-Vitréenne
3.Rétinopathie œdémateuse
La rétinopathie diabétique œdémateuse peut être suspectée devant
b. L'aspect biomicroscopique rétinien même en dehors de toute altération de la fonction visuelle. Il va pouvoir retrouver:
un oedème rétinien déjà évoqué
des exsudats rétiniens jaunâtres
† Un oedème maculaire: ® non cystoïde au début de l'évolution. Il est repéré devant un bombement de la ligne de profil antérieur de la région maculaire.
®
cystoïde: l'oedème progressant, il se forme des logettes kystiques disposées en pétales de fleurs autour de la fovéa. A ce stade, la vision est encore peu altérée, mais l'entonnoir fovéolaire est progressivement atteint avec apparition de logettes centrales visibles en angiographie.‡ Un Décollement séreux du neuro-épithélium: Stade ultime, il est à l'origine de la chute ultime de la vision. C'est la cause la plus fréquente de perte de la vision chez le diabétique.


fig.2: Rétinopathie Diabétique - Evolution

fig.3: Décollement de rétine
4. Autres formes de rétinopathie diabétique
Elle survient volontiers chez de jeunes diabétiques insulino-dépendants. Il s'agit d'une rétinopathie diabétique ischémique proliférative d'apparition rapide. Cliniquement, il existe des néo-vaisseaux rétiniens voire papillaires, fins, allongés de croissance rapide ayant une forte tendance hémorragique.
C'est une forme fréquente, associant un oedème du pôle postérieur et une rétinopathie diabétique ischémique parfois étendue.
Forme grave associant à une forme mixte une dilatation veineuse très marquée des gros troncs. Les occlusions vraies restent cependant rares.
V. Traitement
Le meilleur traitement est l'équilibration du diabète avec une régulation glycémique aussi proche de la normale que possible sur l'ensemble du nycthémère, quel que soit le stade.
a
- Méthodes1. Thérapeutiques à visée vasculaire & Elles n'ont pas fait leur preuve d'efficacité
2. Pholocoagulation au laser: C'est le seul traitement symptomatique contre les diverses manifestations de la rétinopathie diabétique. En effet devant:
b. L'oedème rétinien : la photocoagulation bloque la propagation de l'oedème.
3. Traitement chirurgical
Cryo-application : Elle permet une destruction des territoires d'ischémie rétinienne périphérique, lorsque les milieux (vitré-cristallin) sont trop troubles pour utiliser le laser. Elle peut être parfois précédée de vitrectomie, lorsque la rétine ne peut être bien vue du fait du trouble vitréen.
Chirurgie endoculaire : Il s'agit de la vitrectomie, l'endodiathermie, la dissection des membranes épirétiniennes.
b
- IndicationsOutre l'équilibration de la glycémie :
1) Rétinopathie diabétique débutante Les territoires d'ischémie sont systématiquement traités par laser.
2) Rétinopathie diabétique ischémique
a. Pré-proliférative : Il faut détruire toutes zones d'hypoxie en débordant légèrement leur limite surtout vers l'arrière.
b. Proliférative : C'est une urgence thérapeutique. Il faut faire régresser la néovascularisation avant la survenue de complication. Si nécessaire, l'exérèse du cristallin opaque peut se discuter. néo-vaisseaux rétiniens : une photocoagulation des zones ischémiques aboutit à leur involution. néo-vaisseaux Pré-papillaires : il faut réaliser une photocoagulation de toutes les zones ischémiques et de la rétine supposée saine aboutissant à une photocoagulation pan-rétinienne ne respectant que le pôle postérieur.
c. Néo-vaisseaux iriens : il faut réaliser une photocoagulation ou cryo-application périphérique. l'existence de complications, d'une organisation vitréenne rendant les milieux non transparents et empêchent la photocoagulation amène à discuter les traitements chirurgicaux.
4. Rétinopathie diabétique œdémateuse
. Œdème localisé: La photocoagulation des anomalies micro-vasculaires empêche leur transsudation. L'œdème est résorbé en quelques semaines et les exsudats disparaissent.
. Œdème maculaire: Les indications dépendent de l'évolutivité et de l'acuité visuelle résiduelle, ainsi que de l'aspect angiographique. Elles reposent sur la photocoagulation (barrage maculaire en fer à cheval ouvert vers la papille).
. Œdème du pôle postérieur: Le traitement repose sur l'assèchement de toutes les lésions vasculaires qui concourent à son existence.
VI. ADDENDUM: Autres complications oculaires liées au diabète
Le diabète est responsable d'autres lésions que la rétinopathie diabétique au niveau oculaire.
1) Glaucome
a. Glaucome néovasculaire (GNV)
b. Glaucome chronique à angle ouvert (GCAO) : Il est plus fréquent chez les diabétiques.
2) Cristallin
Les cataractes de type sous-capsulaires postérieures sont plus fréquentes et d'apparition plus précoce, gênant le traitement puisque le contrôle rétinien devient plus difficile.
3) Motricité oculaire
4) Paupière:
a. orgelet
b. chalazion