LA SOCIÉTÉ SÉNÉGALAISE

La femme : la femme sénégalaise malgré la religion musulmane prédominante a une indépendance et une autonomie que nombre de femmes dans les pays industrialisés leur envieraient. Présentes dans tous les domaines économiques (financier grâce à l’imposant système des "tontines", agricole avec un dur travail dans les champs, commercial car elles détiennent le monopole du commerce de fruits et légumes, ...), nombres d’entres elles sont arrivées aux plus hauts postes du pays (députés, ministres, PDG...).

Séductrices, extraverties, appréciées par tous les africains, à ce titre, elles entendent bien représenter toutes les femmes africaines dans leurs luttes pour l’amélioration de la vie du continent. Combat pour l’avortement, contre l’excision, contre la polygamie etc...on ne voit qu’elles à la télévision nationale la RTS. Le journal du soir présenté un jour sur deux par une femme montre à quel point elles se sont imposées ces dernières années comme citoyennes à part entière. Certains vont jusqu’à dire que si une femme devenait présidente cela ouvrirait vite les portes du développement. Dans la société Bassari, un parlement de femme se réunit plusieurs fois par mois dans un lieu très secret où elles exposent tous leurs griefs à la femme du chef qui interviendra auprès de son mari. Dans le royaume Diola des Floups, la reine a également un pouvoir très important au niveau de la ville d’Oussouye. Rappelons-nous que le chef de file de la résistance anti-coloniale en Casamance était la reine Diola Aline Sitoë Diatta.

Cependant, cette situation privilégiée de la majorité des femmes ne doit pas cacher la situation difficile que connaissent les autres. On estime à 25%, le nombre de femmes ou de jeunes filles excisées au Sénégal. Si en ville la pratique a presque disparu du fait de l’information prodiguée à la télévision ou dans les associations et des lois très sévères, dans les campagnes elle reste courante notamment chez les Peulhs et les Toucouleurs du Sénégal oriental. Il n’est pas rare de voir malgré les consignes de sévérité données aux gendarmes des excisions collectives réalisées dans des villages. Chez les Peulhs, c’est comme la circoncision une occasion de fête. Les jeunes filles excisées (10-12 ans) se promèneront en boubou blanc avec un sceptre durant plusieurs jours. Les artistes féminines du pays dénoncent ces pratiques depuis plusieurs années avec des résultats encourageants. Les responsables musulmans s’y mettent également en rappelant que l’excision n’est pas un précepte islamique. On s’aperçoit en somme très vite que ces femmes veulent bien plus que les hommes devenir modernes. Le polygamie est rejetée en masse, et la mode si africaine avec les fameux boubous multicolores est une des priorités tant des jeunes filles que des femmes mariées. Cette liberté vestimentaire n’est d’ailleurs possible que grâce à l’autonomie financière que leur donne leur petite activité commerciale ou salariée (le plus souvent ménage).

L’enfant : 2goss.jpg (6514 octets)gbw.jpg (16712 octets)

La polygamie : Les sociologues estiment qu’aujourd’hui seuls 12% des ménages sont polygames et que cette pratique tends à disparaître un peu plus chaque année. Mais il faut bien sûr relativiser. L’Afrique Noire n’a jamais été une société à majorité de maris polygames. Ce mode d’union n’a toujours bénéficié qu’aux plus riches. Traditionnellement ce n’est même qu’aux chefs de villages que revient ce privilège. La plupart des femmes refuseraient d’ailleurs de se marier avec un homme déjà "muni" d’une épouse. Dans tous les cas les maris ayant plus de 4 épouses sont inexistants puisque ce chiffre est la limite qu’impose l’islam. Il n’y a guère que dans les zones rurales que ce problème se pose du fait du système de "pré-mariage" pratiqué par les parents qui décident à l’avance du mari qu’aura leur fille. La polygamie est autorisée par la loi sénégalaise mais des textes très polémiques pourraient être votés dans les prochains mois.

La famille : comme sur le reste du continent, la famille reste le noyau de la société sénégalaise. C’est grâce à cette famille que la population "tient le coup" malgré la crise chronique que connaît le pays. Mais c’est aussi très sûrement à cause de ce lien pesant que le pays à du mal à se développer. C’est en conciliant cette solidarité à une conception plus autonome de l’individu que des progrès réels coul.jpg (4804 octets)pourront être réalisés. Le problème, car c’en est un en partie, saute tout de suite aux yeux de l’étranger. Les sénégalais en ont conscience mais n’arrivent pas à changer d’état d’esprit. Le travail, denrée rare et presqu’introuvable en milieu urbain, est systématiquement donné aux parents plus ou moins proches de la personne chargée de recruter. Le problème engendré par ce comportement est multiple : d’un part, le parent employé n’aura pas forcément les qualités requises pour cet emploi. S’ensuit donc une multitude d’erreurs commises par ces personnes non qualifiées. D’autre part, les études pourtant très prisées par les sénégalais, ne serait-ce que par enrichissement culturel, ne peuvent qu’être dévalorisées par ce genre de recrutement familial : "pourquoi étudier puisque mes relations familiales ne me permettront pas d’avoir un emploi correspondant à ma qualification?" Et inversement : "pourquoi étudier puisque de toute façon mon oncle bien placé dans l’entreprise X me fournira un emploi ?". Un certain découragement s’empare donc des jeunes. Les petites annonces d’emplois proposées par les organisations internationales ne sont même plus lues par les diplômés puisqu’ils savent que c’est un sénégalais qui s’occupe du recrutement et que l’annonce n’est qu’une formalité imposée par les coopérants étrangers !   Le résultat de cette préférence familiale, fait humainement compréhensif mais économiquement déplorable, fait que les familles riches ont tendance à s’enrichir grâce à la multiplicité des emplois et que les plus pauvres stagnent dans leur misère. Néanmoins, en milieu rural, ce phénomène s’atténue famille.jpg (5612 octets)du fait de la quasi-absence de travail salarié. Tout le monde est agriculteur et personne ne chôme vraiment. Cette solidarité familiale loin de s’exercer uniquement dans les situations favorables se manifeste également en cas de problème. Jamais un sénégalais ne sera démuni face à une perte d’emploi ou au décès d’un proche. Il y aura toujours un lit, toujours une assiette pour un frère, un neveu, un grand-père ou une arrière-petit-cousin dans l’embarras. C’est même un devoir d’aider cette personne au risque , si on ne le fait pas, de passer dans le village pour une famille indigne. La majorité des sénégalais étant dans "l’embarras" on comprends mieux pourquoi une personne qui travaille en a à sa charge parfois plus de 20 ! Ce besoin de "bien paraître" aide également à comprendre pourquoi lorsqu’un membre de la famille fait un acte répréhensible par la loi ou condamnable par les traditions, c’est sur tous les parents que rejaillissent la honte et l'opprobre,  sur plusieurs générations. L’héritage des vieilles traditions familiales se voie dans la vie de tous les jours. Dans la plupart des familles par exemple les hommes mangent de leur côté, alors que femmes et enfants mangent à part.


Les causeries : Ce terme typiquement sénégalais désigne les réunions publiques destinées à débattre d’un thème donné ou d’informer la population d’un problème de société. Ce genre de manifestation est particulièrement à la mode depuis le début des années 80 et est encouragé par les ONG qui y voient un moyen simple et efficace de sensibiliser la population aux différents problèmes de société.

Les thèmes très variés tournent néanmoins le plus souvent autour des problèmes de  santé : SIDA, choléra, paludisme.... mais aussi autour des thèmes de société : épargne, planification familiale, éducation... C’est pour l’étranger (souvent convié à ces causeries) un excellent moyen de connaître les problèmes rencontrés au Sénégal et les opinions que la population s’en fait.


Les Tontines: Le mot tontine vient de Tonti, banquier italien du XVII siècle. Ce système d’épargne aujourd’hui typiquement africain est répandu sur l’ensemble du continent et brasse souvent plus d’argent que les banques. Cet argent qui échappe aux institutions du pays rend cependant d’immenses services à la population et est géré de façon exemplaire. La tontine est avant tout un système de répartition des ressources à l’échelon local. En effet, la tontine dépasse rarement le cadre du quartier ou du village. Au Sénégal la tontine est presque exclusivement gérée et utilisée par les femmes. C’est sûrement la cause de la confiance qu’inspire ce mode d’épargne auprès de la population. Le principe de la tontine sénégalaise est simple : chaque semaine la mère de famille donne une somme fixe (généralement entre 500 et 1000 CFA) et mensuellement une ou plusieurs familles se voient attribuer à tour de rôle et en toute transparence (souvent en présence d’un Conseil de Femme) une somme importante. Le crédit restant peut être attribué à une famille particulièrement ou momentanément dans le besoin. Cette somme attribuée à l’avance permettra à la famille nécessiteuse d’avoir une importante somme avant que son tour n’arrive.


La pauvreté : De nombreux visiteurs étrangers sont surpris de voir un certain niveau de vie à Dakar. Ces personnes qui ne sont pas à blâmer vue l’image qu’on ne cesse de donner de l’Afrique dans les médias s’attendent à leur arrivée à l’aéroport de Yoff à voir des cases africaines en plein centre de Dakar !
Il faut bien faire la nuance entre pauvreté d’un pays, et pauvreté de ses habitants.
Le Sénégal est bel est bien un pays pauvre bien qu’il soit plus riche que ses cinq frontaliers. C’est donc LA puissance économique et militaire régionale. Cela permet au moins au Dakarois d’avoir un niveau de vie que beaucoup d’africains envient. La télévision couleur est ainsi entrée dans la majeure partie des foyers Dakarois. Et la solidarité sénégalaise fait que les adultes et enfants n’ayant pas de télévision y ont néanmoins accès grâce à un parent ou voisin. Ainsi personne ne rate le combat de lutte dominicale ou le match France-Espagne ! Cette solidarité se manifeste également par le partage des décodeurs Canal Horizon et des antennes permettant de capter TV5 , RFI , MCM , MTV, etc...

L’électricité est également généralisée puisque 98 % des foyers Dakarois ont du courant chez eux. Là encore les "arrangements y sont pour quelques choses puisqu’un même compteur et donc un même abonnement profite souvent à plusieurs familles. Paradoxalement l’eau est présente dans beaucoup moins de foyer que l’électricité. Mais c’est aussi un problème de traditions. En effet, l’eau est souvent achetée aux fontaines publiques qui sont un lieu de palabre excellent pour les ménagères.

Le téléphone est également un service rarement présent dans les foyers. Mais les télécentres, véritable phénomène sénégalais, fourmillant dans tous les quartiers remplacent avantageusement les abonnements coûteux de la SONATEL.

Ainsi les Dakarois bénéficient d’un niveau de vie enviable en Afrique de l’Ouest. Les infrastructures sont régulièrement entretenues et l’éclairage nocturne est omniprésent.

De nombreux nouveaux quartiers ont été bâtis en toute intelligence et leur convivialité n’est pas à critiquer. Tel est le cas de quartiers de classe moyenne comme les LIBERTÉ, les AMITIÉ , les BAOBAB de quartiers populaires tels que les Parcelles Assainies, les H.L.M., les SACRE CŒUR ou BOP et des quartiers réservés aux nantis comme POINT E, FANN, HANN Plage, les ALMADIES, ou Mermoz.

Cependant, même si les bidonvilles du type "favelas" brésiliennes n’existent pas, de nombreux quartiers populaires ont connu une expansion anarchique et la construction sauvage fait qu’il est difficile de vivre ou plus simplement d’agrandir son logement. C'est dans ces quartiers démunis qu’il n’est pas rare de voir 10 personnes ou plus dormir dans la même pièce. C’est le cas du groupe Pikine-Guédiawaye-Thiaroye , sans contexte le plus difficile à vivre du pays.

Si la misère existe au Sénégal, ce n’est pas dans les zones rurales mais bel et bien dans cet ensemble de quartiers à la démographie galopante dont la population a dépassé celle de Dakar il y plus de dix ans. Cependant un double espoir se profile pour les habitants de ces quartiers.

Le gouvernement doit fermer l’aéroport de Yoff (ou du moins le réduire de 70% afin de préserver une base aérienne militaire) et vendre à petit prix les terrains. Un nouvel aéroport devrait être construit à Bargny pour éviter les nuisances d’un trafic aérien grandissant et rapprocher les touristes des chaînes d’hôtels de la Petite Côtes. Le deuxième espoir est la "parcellisation" des terres à l’Est de Dakar . Ceci permettra une nouvelle fois de dégorger les quartiers pikinois bordant ce secteur Est.

Quoi qu’il en soit, qu’ils habitent dans de nouveaux quartiers ou dans les pires, le mot d’ordre des jeunes sénégalais est "débrouillardise". Moins d’un Dakarois sur 50 est employé à plein temps et touche un salaire. Tous font donc de petits boulots occasionnels leurs permettant d’aider la famille, de se vêtir et de sortir. En outre tous les Lébous sont pêcheurs quand ils n’ont rien d’autre à faire. Des villages entiers ont la pêche pour principale activité. Ngor, Yoff, Yerar et Bargny sont donc les villages de pêcheurs par excellence. Dans une moindre mesure Ouakam et Guédiawaye ont de nombreux pêcheurs. Une partie de tous ces pêcheurs ont cette activité pour profession exclusive. Mais les jeunes la pratique occasionnellement et surtout en période vacances scolaires. L’apprentissage est aussi pour cette immense classe d’âge une moyen de gagner quelques C.F.A. Mais soulignons que cet apprentissage ressemble plus à une exploitation tyrannique. Il s’exerce dans de nombreux domaines mais principalement dans la couture, les transports et la mécanique. L’apprenti n’a aucun statut et sa rémunération est laissée à l’entière appréciation du maître d’apprentissage. Elle dépasse rarement 5000CFA par mois. La durée de ces formation est en général de 3 ou 4 ans, mais elle peut être plus longue et aller jusqu’à 8 ans.


La délinquance : le Sénégal est un des pays d’Afrique qui a le plus faible taux de délinquance. Même à Dakar elle est assez faible pour passer inaperçue. Il est à notre avis dommage que les très rares personnes ayant subi cette délinquance la fassent passer pour une généralité. Même les quartiers réputés "dangereux" tels que Pikine, Thiaroye, Grand Yoff ou Grand Dakar n’abritent que de très rares "bandits". A vrai dire, le pire des quartiers sénégalais ne vaut pas , question insécurité, le plus tranquille quartier parisien. Mais la plupart des Dakarois sont originaires de villages ruraux où rien ne se passe. La vie dakaroise leur fait donc assez peur pour essayer de vous communiquer cette phobie de l'agression.. Leur superstition les empêche aussi de sortir seuls à certaines heures. Donc sans tenter le diable vous pourrez vous balader à n’importe quelle heure dans tous les quartiers de Dakar. C’est d’autant plus vrai si vous êtes en groupe.

Bien-sûr, il existe quand-même des grands délinquants mais ils sont rares et très rarement sénégalais. En effet il s’agit pour la plupart de réfugiés anglophones sans foi ni loi. Les prisons sénégalaises sont ainsi pleines de Gambien, de Sierra-Léonnais, de Libériens, de Ghanéen et de Nigérians.

Les pickpockets et les petits arnaqueurs pullulent par contre à Dakar et à Mbour et dans une moindre mesure dans les autres grandes villes sénégalaises. Il est impossible de les éviter et la seule parade est d’être plus malin qu’eux (ce qui n’est pas difficile) en les prenant à leur propre jeu.


La prostitution : C’est un véritable problème de société au Sénégal comme dans l’ensemble de l’Afrique Noire. La prostitution "professionnelle" touche assez peu de femmes (leur nombre est évalué par différents organismes à moins de 8000 sur l’ensemble du territoire). Seule "consolation" pour ces jeunes filles elles exercent en boîte de nuit et ne font pas le trottoir. Le phénomène de proxénétisme et également absent. Le gouvernement aidé des ONG essaye d’aider ces filles depuis plusieurs années en les obligeant à avoir une carte sanitaire régulièrement mise à jour après examen médical et test HIV. Le problème tient en fait aux femmes qui se prostituent pour arrondir les fins de mois ou accéder à un mode de vie supérieur. A Dakar en particulier et dans l’ensemble du pays une catégorie de jeunes filles échangent leurs charmes contre de petites sommes d’argent pour acheter des pacotilles, perruques et vêtements "a l’européenne" coûteux. A l’échelle nationale les sommes impliquées sont néanmoins énormes. La multiplication des partenaires favorise évidemment les MST et en particulier le SIDA. C’est le cas notamment en zone rurale ou l’usage du préservatif reste marginal. Le deuxième catégorie de non-professionnelles est constituée de femmes d’âge supérieur mariées ou célibataires avec enfants et que la misère pousse pour nourrir leurs enfants à se prostituer occasionnellement.

"MBARAAN" (un article de Sud quotidien du 9 juin 99)
La frivolité du couple de hasard

Les femmes "mbaraan kat" (frivoles) n’ont cure du Sida. Elles ne se préoccupent pas de la publicité tapageuse sur sa prévention ni contre les Maladies sexuellement transmissibles (MST). Préserver la virginité jusqu’au jour du mariage n’est plus leur souci, parce qu’elles entretiennent des relations intimes avec tout postulant qui peut aider à régler quelques problèmes d’ordre financier, matériel ou même "passager".

Idem pour les hommes qui passent leur temps à courir tranquillement après les jupons, en faisant montre d’une grande générosité, au point de se compromettre et de sacrifier les dépenses familiales sur l’autel de la recherche du plaisir. Ces hommes ne sont pas que des victimes, bien au contraire. Toutefois, le plus souvent, ce sont les femmes, de plus en plus jeunes aujourd'hui, qui prennent les initiatives, faisant valoir leurs mensurations et d’autres arguments corporels. Au même titre que les garçons dont on dit qu’ils passent tout leur temps à papillonner les jeunes filles (il se disait, il n’y a guère, que le "mbaraan" est le fait exclusif des dames) collectionnent les amants qu’elles appellent leurs "mbaraan" . Ils sont des hommes pour qui elles n’éprouvent aucun attrait sentimental, sinon celui du gain. N’ignorant pas souvent les intentions affichées ou cachées de ces jeunes filles, des hommes participent volontiers au jeu, généralement à l’insu de leurs épouses et au détriment de leurs familles, pourvu seulement qu’ils arrivent à satisfaire leurs désirs de posséder de la "chair tendre".

"Je suis une femme divorcée. J’ai déjà comptabilisé plusieurs années de mariage et je suis mère de deux enfants. Avec tout cela, j’estime avoir dépassé l’âge où il faut développer des sentiments d’amour-passion. Actuellement, si je sors avec un homme, il doit être en mesure de m’entretenir financièrement et de m’aider dans la scolarisation de mes enfants", explique Aïssatou, 39 ans, opératrice de saisie dans une entreprise de la place. Selon elle : "cela n’est pas de la prostitution, mais simplement un réalisme qui découle d’une certaine maturité dans les relations entre garçons et filles". Pour satisfaire ces préoccupations, Aïssatou déclare qu’elle ne peut se suffire d’un seul amant. Qui plus est :"la plupart des coureurs de jupons sont des salariés, responsables de famille. Ils n’ont pas souvent assez de moyens pour prendre en charge financièrement et leur famille et leurs maîtresses".

Dans les boîtes de nuit, les cafés, cinémas et même dans la rue, ce sont des jeunes adolescentes que l’on voit en compagnie d'hommes mûrs, dont certains ont l’âge de leur père. Le jour, elles font le tour des bureaux des administrations des entreprises pour empocher quelques billets leur permettant de s’acheter des habits ou plus généralement de menues choses.

Interpellée, Absa, 26 ans, explique que : "la plupart des jeunes filles, adeptes du mbaraane ont déjà leurs petits amis, qu’elles aiment jalousement. Mais, comme les temps sont durs, leurs petits copains n’ont pas souvent les moyens de régler leurs problèmes. Vous savez, avec la mode qui évolue régulièrement, nous sommes obligées de renouveler nos gardes-robes. Tout le monde sait que ce ne sont pas les garçons d’aujourd’hui qui donnent l’argent de poche à leurs copines". Son amie, Bineta de poursuivre : " au contraire, maintenant ce se sont les jeunes-filles qui dépensent pour leurs copains afin de les retenir. Pour cela, il faut trouver de l’argent, même si on ne travaille pas, car il existe des femmes, des driankés sans pudeur, qui sont prêtes à dépenser des fortunes pour nous prendre nos petits amis. Que voulez-vous que nous fassions alors ?" Anta, une étudiante en première année de Sciences économiques, est plus tranchée. Selon elle : " aucun garçon n’ose jurer que sa petite amie ne fait pas de mbaraane. Car, ils nous aiment belles et élégantes, mais rechignent à nous demander de l’argent. Pourtant, ils savent pertinemment que nous ne ramassons pas ce que nous portons. De même, quand nous leur faisons des cadeaux, ils ne nous les retournent pas, ni ne nous demandent comment nous avons pu nous les procurer".

Ainsi, pour gagner de l’argent facilement et se faire belles, ces jeunes filles multiplient leurs partenaires en faisant fi des risques encourus sur les plans de la santé et de la morale. Abdou Sall, appelons-le ainsi, un comptable, la cinquantaine consommée, est féru de disquettes (Ndlr : les adolescentes mondaines). Selon lui : "les disquettes sont fascinantes. Elles vous amusent, vous aident à faire le vide". A l’en croire : "à longtemps fricoter avec elles, on se fait une nouvelle jeunesse, on comprend mieux leur génération. Il suffit seulement de savoir se comporter avec elles". Interrogé sur les sommes importantes d’argent qu’elles exigent aux hommes, Abdou Sall trouve que :"cela n’est rien comparé à tout ce qu’elles vous rapportent. Surtout que leurs exigences ne sont que des caprices de jeunes filles".

Pour cet autre quinquagénaire : "ce qui est intéressant chez les jeunes filles, c’est qu’elles nous permettent de changer de discours. Elles nous stimulent et nous incitent à être plus regardant sur notre mise, entre autres". Et de préciser que : " nous prenons toutes nos dispositions pour éviter les travers".

Bassirou SOW


L’exode rural : C’est une réalité bien relative au Sénégal. En effet, comparé aux pays d’Amérique du Sud ou même d’Afrique Équatoriale, le taux d’urbanisation assez faible (34% contre plus de 70% dans les pays développés et en Amérique Latine) montre que le Sénégalais reste attaché à la campagne d’où il tire des revenus suffisants. Le relatif investissement du gouvernement depuis quelques années dans les infrastructures sanitaires et les services (eau, électricité, téléphone, poste ....)inverserait même plutôt la tendance. Mais ceux qui partent à la ville sont les forces vives du pays : jeunes étudiants et lycéens doivent aller dans les grandes villes du pays pour étudier. Il y restent souvent après. Si les collèges sont courants (une cinquantaine de villes en sont dotées qu’ils soient publics ou privés pour un total de 300 établissements), les lycées sont plus rares (une vingtaine de villes dotées pour une quarantaine d’établissements) et les classes post-bac encore plus rares (2 universités : St Louis et Dakar, et quelques classes post-bac de plus ou moins bonne qualité dans une dizaine de ville). Il est néanmoins très rare de voir des villages abandonnés ou vidés de leur population. L’explosion démographique des villes sénégalaises (1000hab/km2 à Dakar) est donc due pour la plus grande partie à une augmentation interne et non à une immigration de ruraux (moins de 10hab/km2 au Sénégal Oriental).

La densité et le faible coût des transports en commun favorise également ce faible exode rural car l’habitant du petit village reculé peut très bien se rendre en ville pour quelque achat sans pour autant devoir y résider plusieurs jours.

Malgré tout un certain nombre de "campagnards" ont dû s’installer en ville ces dernières années. Mais durant les premiers jours de l’hivernage, ils retournent dans leur grande majorité aider la famille dans les champs.

Aujourd’hui, la région la plus touchée par l’exode rural est très sûrement la Casamance dont les villageois ont quitté la campagne pour fuir les exactions des "rebelles".


Extrait d'un numéro spéciale de Sud, quotidien sénégalais:


Comment vivent les sénégalais ?

(Par Cheikh Thiam - Lundi 16 juin 1998)
En matière d’habitat et d’équipements, comment vivent les Sénégalais ? Quel est le profil de leur cadre environnemental immédiat ? L’enquête sénégalaise auprès des ménages réalisée parla Direction et la Prévision et de la Statistique a tenté de répondre à ces questions, en étudiant de manière approfondie leur niveau et mode de vie. L’analyse de leurs conditions de vie, du confort de leur logement, des équipements domestiques dont ils disposent a permis de camper les différents profils de la famille sénégalaise. Le type de logement, le statut d’occupation (propriétaire ou locataire), le nombre de pièces des habitations, les éléments de confort comme le téléphone, la voiture, l’électricité, l’eau courante, etc, ont été passés au peigne fin.Tendances : Réalisme Confort : des ménages mieux lotis, mais...Fortes dépenses alimentaires

Disparités dans les revenus
Mamadou Matar Gueye, statisticien-démographe :
"Une meilleure compréhension des besoins"Oumar Diagne, socio-anthropologue :
"La pauvreté, une notion à relativiser"

Tendances : Réalisme
Les princes de l’ostentation continueront pour longtemps encore à défier le bon sens, mais les Sénégalais sont de moins en moins nombreux à les prendre pour modèles, parce qu’ayant convenablement assimilé les leçons de la crise des années quatre-vingt et celles de l’après-dévaluation. Plus réalistes que naguère, ils ont plutôt tendance à investir dans des valeurs sûres, à dépenser juste.Ce revirement trouve une assez nette illustration dans la forte augmentation des constructions en dur, aussi bien dans les villes qu’en milieu rural. Et si les cases et les baraques tendent à leur céder la place, c’est que tout un chacun est convaincu qu’une maison bien à soi est un placement qui libère du diktat des spéculateurs fonciers et immobiliers, peut donner des opportunités de rente, et surtout sécurise durablement une famille, dans un cadre que l’on cherche à rendre le plus confortable et agréable possible.Par le biais de l’auto construction évolutive, et des programmes immobiliers dans une bien moindre mesure, près de la moitié des ménages sénégalais sont aujourd’hui propriétaires de leur demeure. L’autre moitié n’est toutefois pas près de sortir de l’auberge.Le réalisme sénégalais se mesure également à la taille des ménages qui tendent à se contenir dans des limites raisonnables. Ce n’est pas seulement le planning familial qui explique cela. Les familles urbaines se restreignent de plus en plus à leur noyau de base, pour limiter leurs charges et s’offrir des commodités et conditions de vie compatibles avec leur niveau de revenu. La solidarité avec la famille élargie en prend bien évidemment un sacré coup, quoiqu’elle devrait pouvoir s’organiser autrement.Mais le réalisme ne résout pas tous les problèmes. Les Sénégalais ont en effet beau s’ajuster à la conjoncture, serrer la ceinture, chercher à mieux orienter leurs dépenses et gérer leurs charges, leurs ressources leur permettent difficilement de joindre les deux bouts. Comment pourrait-il en être autrement avec un revenu moyen per capita qui ne dépasse pas un dollar par jour ? A quelques rares exceptions près, les charges incompressibles des salariés sont largement supérieures à leurs gains, ce qui réduit très fortement leurs possibilités d’épargne. On comprend pourquoi la plupart s’adonnent à des activités parallèles pour quelques expédients. Les difficultés sont encore plus aiguës dans le monde rural, et plus particulièrement dans les zones où la production agricole est tributaire d’une pluviométrie on ne peut plus capricieuse. L’informel a ses hauts, mais également beaucoup de mauvaises passes du fait de son engorgement et de ses aléas. Aussi est-il normal que la demande sociale s’exprime avec insistance pour l’augmentation des salaires pratiquement bloqués depuis la dévaluation du franc CFA, la baisse de la fiscalité directe, et la répercussion de la réduction générale des droits de porte sur les prix pratiqués sur le marché local. Il est sans doute vrai que les acquis engrangés depuis le changement de parité du franc CFA sont encore fragiles, et qu’il faut laisser mûrir ce blé, plutôt que de le consommer en herbe. Toujours est-il que l’amélioration, par quelque moyen qu’il puisse être, du revenu des populations devenues beaucoup plus réalistes, leur donnerait encore plus de motivations à participer à l’œuvre collective du développement national, à la concrétisation de cette quête incessante pour le mieux être. D’autant qu’une consommation mieux orientée est un facteur de dynamisme pour la production locale qu’il s’agit de stimuler plus vigoureusement.Les princes de l’ostentation continueront pour longtemps encore à défier le bon sens, mais les Sénégalais sont de moins en moins nombreux à les prendre pour modèles, parce qu’ayant convenablement assimilé les leçons de la crise des années quatre-vingt et celles de l’après-dévaluation. Plus réalistes que naguère, ils ont plutôt tendance à investir dans des valeurs sûres, à dépenser juste.Ce revirement trouve une assez nette illustration dans la forte augmentation des constructions en dur, aussi bien dans les villes qu’en milieu rural. Et si les cases et les baraques tendent à leur céder la place, c’est que tout un chacun est convaincu qu’une maison bien à soi est un placement qui libère du diktat des spéculateurs fonciers et immobiliers, peut donner des opportunités de rente, et surtout sécurise durablement une famille, dans un cadre que l’on cherche à rendre le plus confortable et agréable possible.Par le biais de l’auto construction évolutive, et des programmes immobiliers dans une bien moindre mesure, près de la moitié des ménages sénégalais sont aujourd’hui propriétaires de leur demeure. L’autre moitié n’est toutefois pas près de sortir de l’auberge.Le réalisme sénégalais se mesure également à la taille des ménages qui tendent à se contenir dans des limites raisonnables. Ce n’est pas seulement le planning familial qui explique cela. Les familles urbaines se restreignent de plus en plus à leur noyau de base, pour limiter leurs charges et s’offrir des commodités et conditions de vie compatibles avec leur niveau de revenu. La solidarité avec la famille élargie en prend bien évidemment un sacré coup, quoiqu’elle devrait pouvoir s’organiser autrement.Mais le réalisme ne résout pas tous les problèmes. Les Sénégalais ont en effet beau s’ajuster à la conjoncture, serrer la ceinture, chercher à mieux orienter leurs dépenses et gérer leurs charges, leurs ressources leur permettent difficilement de joindre les deux bouts. Comment pourrait-il en être autrement avec un revenu moyen per capita qui ne dépasse pas un dollar par jour ? A quelques rares exceptions près, les charges incompressibles des salariés sont largement supérieures à leurs gains, ce qui réduit très fortement leurs possibilités d’épargne. On comprend pourquoi la plupart s’adonnent à des activités parallèles pour quelques expédients. Les difficultés sont encore plus aiguës dans le monde rural, et plus particulièrement dans les zones où la production agricole est tributaire d’une pluviométrie on ne peut plus capricieuse. L’informel a ses hauts, mais également beaucoup de mauvaises passes du fait de son engorgement et de ses aléas. Aussi est-il normal que la demande sociale s’exprime avec insistance pour l’augmentation des salaires pratiquement bloqués depuis la dévaluation du franc CFA, la baisse de la fiscalité directe, et la répercussion de la réduction générale des droits de porte sur les prix pratiqués sur le marché local. Il est sans doute vrai que les acquis engrangés depuis le changement de parité du franc CFA sont encore fragiles, et qu’il faut laisser mûrir ce blé, plutôt que de le consommer en herbe. Toujours est-il que l’amélioration, par quelque moyen qu’il puisse être, du revenu des populations devenues beaucoup plus réalistes, leur donnerait encore plus de motivations à participer à l’œuvre collective du développement national, à la concrétisation de cette quête incessante pour le mieux être. D’autant qu’une consommation mieux orientée est un facteur de dynamisme pour la production locale qu’il s’agit de stimuler plus vigoureusement.Amadou Fall

Confort : des ménages mieux lotis, mais...Ainsi, 37,5% des ménages sénégalais habitent dans des cases ou des baraques, alors que 62,5% habitent dans des maisons en dur. Ces taux ne sont respectivement que de 3,7% et 96,3% s'agissant de Dakar. Alors qu'en milieu rural, 55% des ménages vivent dans une maison en dur. "Le logement des ménages s'améliore avec l'urbanisation", note d'ailleurs le rapport de l'enquête, qui a mis en relief l'existence de 777.931 ménages pour l'ensemble du Sénégal, par rapport à une population totale estimée à 7.884.257 habitants en fin septembre 1994.Sur l'ensemble des ménages, 66,7% seraient propriétaires de leur logement. Ce ratio est de 42,8% à Dakar, de 57,3% dans les autres centres urbains et de 79,7% en milieu rural. Parallèlement, 13% des ménages seraient locataires simples au Sénégal. A Dakar, ce sont 40,1% des ménages, 18,4% dans les autres centres urbains et seulement 0,5% en milieu rural. Les "locataires-acheteurs" des programmes immobiliers ne représentent qu'une infime portion (0,5% de l'ensemble des ménages sénégalais) et ne se rencontrent qu'à Dakar et dans les centres urbains du Sénégal.Le document indique aussi que dans l'ensemble, 79% des ménages sont "normalement peuplés" (soit trois ménages sur quatre environ). Cet indice de peuplement souligne qu'un ménage est surpeuplé si le nombre de personnes qui le composent est supérieur au nombre de chambres du logement. Ces ménages surpeuplés sont par ailleurs plus fréquents en milieu urbain qu'en milieu rural. L'indice de peuplement donne une idée de la "promiscuité" qui existe dans le ménage.Au chapitre des éléments de confort, 81% des ménages vivant en milieu rural ne dispose d'aucun moyen de confort (eau, électricité et WC). Seuls 5% des ménages sont concernés à Dakar contre 23,5% dans les autres centres urbains. Dans l'ensemble, 19,1% des ménages sénégalais disposent de ces trois éléments de confort, signe d'un certain niveau de vie.C'est ainsi qu'en milieu rural, la lampe-tempête constitue le principal moyen d'éclairage. C'est seulement, un peu plus du quart des ménages sénégalais (28%), qui s'éclairent à l'électricité. A Dakar et dans les centre urbains, ce sont respectivement 73% et 51% des ménages qui ont accès à l'électricité. Mais, un paradoxe est à relever : "c'est à Dakar que la bougie est relativement la plus utilisée ; 13,2% des ménages dakarois y ont recours contre 4 à 6% dans le reste du Sénégal".A travers le rapport de l'ESAM, l'on note aussi que 55,5% des ménages utilisent le bois de chauffe pour faire la cuisine et 21% le charbon de bois. C'est à Dakar et dans les centres urbains que l'utilisation du gaz et du charbon est plus importante. Dans la capitale sénégalaise, 66,3% des ménages emploient le gaz contre 29,1% pour le charbon. Ces ratios sont respectivement de 25% et 39,3% dans les autres centres urbains.L'enquête révèle aussi, au chapitre de l'équipement des ménages, que "l'utilisation du téléphone à domicile et de la voiture personnelle, semble connaître un accroissement vigoureux". N'empêche, le nombre de ménages possédant ces deux attributs de confort, est encore faible. Au moment de l'enquête, seuls 5% des ménages sénégalais avaient le téléphone à domicile. A Dakar et dans les centres urbains, ce sont respectivement 11,4% et 9,3% des ménages. Comme le téléphone, la disposition d'une voiture personnelle est encore faible (moins de 4% des ménages). Dans la capitale, ce sont 10,2% des ménages qui sont dotés de véhicules privés.Il ressort aussi de l'enquête que la radio et la radio-cassette sont les équipements les plus répandus dans les ménages sénégalais. Près de 72% des ménages en seraient équipés. Par contre, seuls 5,5% des ménages possèdent une vidéo. (16% à Dakar), 21% disposent d'un téléviseur (50% des ménages à Dakar), 13,1% ont un réfrigérateur (environ le tiers de ménages de Dakar)... Une grande disparité est ainsi notée entre Dakar et le reste du Sénégal. Les ménages dakarois ont en effet un meilleur accès aux commodités de la vie moderne. Si 14% des ménages dakarois possèdent une chaîne à musique, il reste que l'ordinateur est encore loin d'être un bien courant.

Fortes dépenses alimentaires.En 1994, année référence de l’enquête, 777.931 ménages ont globalement dépensé 114 milliards 482 millions de francs CFA. Ce qui donne une dépense moyenne par personne et par an (DPA) de 147.495 F CFA et une dépense moyenne annuelle par ménage de 1.494.852 F CFA. Le rapport estime que la DP réelle est de 114.225 F CFA si l’on soustrait la part de l’autoconsommation. De 1991, année de la réalisation de l’Enquête sur les Propriétés (ESP) à 1994, le taux d’accroissement moyen annuel de la DPA a été de 7,8%.Si 23,6% des ménages sont concentrés à Dakar, 18,9% dans les autres centres urbains et 57,5% en milieu urbain, ces ménages n’ont pas les mêmes habitudes de consommation, ni les mêmes niveaux de réserves. C’est ainsi que les dépenses moyennes par personne ou par ménage sont différentes selon les milieux. C’est ainsi que "60% des ménages ruraux ont une DPA inférieure à 100.000 F contre 17,5% des ménages des autres centres urbains et 7,7% à Dakar".Bien évidemment, les dépenses des ménages sont proportionnelles à leur taille. Ce dernier élément accentue ainsi la disparité dans les dépenses des ménages.Dans la distribution, le nombre de ménages dirigés par les hommes est le plus important et s’élève à 80,4% de l’ensemble. Ces ménages constituent 84,8% de la population globale et leur part de dépenses est de 82,1% de l’ensemble des dépenses annuelles des ménages. En moyenne, la dépense des ménages dirigés par les hommes est de 1.527.110 F, contre 1.362.957 F pour celle des femmes. Au niveau individuel, les dépenses sont respectivement de 142.813 F et 173.570 F. A retenir que les ménages dirigés par les femmes sont moins peuplés.Le rapport révèle aussi qu’il existe une grande disparité entre les dépenses moyennes par tête, suivant le niveau d’instruction. Ainsi, les chefs de ménage de niveau supérieur ont une DPA plus élevée (4.920.300 F), alors que ceux "sans instruction" ont une DPA plus faible (1.206.636 F). L’appartenance à un groupe socio-économique est aussi source de disparité dans les dépenses."Les moyennes de dépenses par personne sont plus élevées chez les chefs de ménages salariés" : cadres supérieurs (381.371 F), employés (288.918 F), professions intermédiaires (286.340 F) et ouvriers (165.377 F). Par contre, ces niveaux sont faibles chez les employeurs et indépendants (agricoles : 93.095 F) ; (non agricoles : 165.345 F), chez les chômeurs (120.734 F) et les inactifs (164.359 F).Les dépenses de consommation des ménages varient aussi suivant le milieu : urbain ou rural. Les ménages destinent la plus importante part de leurs dépenses à des consommations de type alimentaire ; 70.381 F par personne et par an, soit environ 53% du total des dépenses individuelles. Les 47% résiduels sont affectés à des consommations non alimentaires, parmi lesquelles le groupe "Logement, eau, électricité et autres combustibles" est le plus important. En effet, 20,3% du budget des ménages sont consacrés à ce groupe.Aux postes "alimentations et dépenses liées au logement", sont consacrés 73% du budget des ménages. A travers l'étude, l'on note d'ailleurs que les charges locatives grèvent leur budget. Si au Sénégal, 85% des ménages sont propriétaires de leur logement, 70% des ménages dakarois sont des locataires, contre 27,3% dans les autres centres urbains et seulement 2,7% en milieu rural. Pour ces ménages locataires, plus de la moitié (59%) consacrent moins de 10% de leurs dépenses globales à leurs charges locatives. Près de 30% d'entre eux mettent entre 10% et 19% de leurs dépenses dans les charges locatives. Et un ménage sur dix paie un moyen compris entre 20% et 49% de sa dépense annuelle totale. Ces charges sont plus importantes à Dakar que dans les centres urbains et en milieu rural.Dans la hiérarchisation des dépenses, l'habillement vient en troisième position puisque en moyenne annuelle, chaque Sénégalais lui consacre 10.4777 F, ce qui représente 8,1% dans la consommation globale. D'autres groupes de dépenses suivent, n'excédant pas 5% : "ameublement, équipements ménagers, et entretien courant", 4,8% ; "transport et communication" 4,2% ; "santé" 3,4% ; "enseignements" 1,4% ; "loisirs, spectacles, culture" 0,6%, hôtels, café et restaurants" 0,6%. les autres biens et services occupant 3,4% des dépenses.

Disparités dans les revenus au Sénégal, le revenu moyen par tête d'habitant est estimé par l'ESAM, à 220.950 F alors que le produit national brut par tête était de 253.306 F en 1994 et de 279.456 F en 1995. Cette moyenne est de 416.423 F à Dakar, 403.098 dans les autres centres urbains pour ne se situer qu'à 100.038 F en milieu rural. Le document souligne aussi que 50% de la population sénégalaise ont un revenu global annuel inférieur à 975.839 F. Un ratio qui se situe à 2.175.325 F à Dakar et à 1.930.328 F dans les autres centres urbains, pour 600.000 seulement en milieu rural. En matière de réserves aussi, de profondes disparités existent selon le milieu urbain ou rural.L'enquête souligne d'ailleurs que 14% de Sénégalais ont un revenu annuel compris entre 100.000 et 300.000 F CFA, tandis que 3,1% ont annuellement moins de 100.000 F. Chez les Sénégalais les plus nantis, l'on constate d'après les conclusions de l'étude que 4,4% de Sénégalais ont un revenu annuel supérieur à 10 millions de francs. Dans la même dynamique, 6% de Sénégalais ont un revenu annuel compris entre 5 et 10 millions de francs CFA. La strate la plus importante (20,7% de la population) est constituée de nationaux ayant un revenu annuel compris entre un et deux millions de francs.Au plan des ménages, le revenu moyen annuel est 2.231.867 F plus élevé en milieu urbain (soit 3.769.093 F à Dakar et 3.873.423 F dans les autres villes), qu'en milieu rural (1.075.662 F). Globalement, 50% des ménages sénégalais auraient un revenu annuel inférieur à 763.758 F, une moyenne qui est de 472.093 F en milieu rural et 1.604.348 F à Dakar. 4,3% au total des ménages ont un revenu annuel inférieur à 600.00 F (soit 50.000 par mois).A Dakar, 22,4% des ménages ont moins de 600.000 annuellement contre 19,5% dans les autres villes et 61% des ménages ruraux. Alors que globalement, 3,2% des ménages sénégalais ont des revenus annuels supérieurs à 10 millions de francs, tandis que 4,7% perçoivent annuellement des revenus compris entre 5 et 10 millions. Au niveau de la distribution des revenus, les mêmes disparités apparaissent, selon le milieu urbain ou rural. A relever qu'en milieu rural, seul 1% des ménages ont des revenus annuels supérieurs à 10 millions.L'étude révèle aussi que paradoxalement, dans un pays agricole comme le Sénégal, les revenus agricoles sont encore trop faibles. En réalité, les revenus agricoles ne représentent que 3,2% pour l'élevage.En valeur moyenne, les revenus globaux des ménages sont constitués des rémunérations des salariés (24,4%), des revenus tirés des "unités de productions agricoles" (UPNA) : (27,9%) ; des revenus de la propreté (12,5%), des transferts reçus (18,9%), des revenus de l'élevage (11,2%).Les revenus des ménages sont généralement complétés par des ressources issues de l'épargne (compte bancaire ou tontine) et des emprunts qui constituent 88% de ces ressources. La vente de biens, l'héritage et les jeux de hasard ne représentant que 12%. Il est à signaler que dans ce poste, "autres ressources des ménages", les emprunts sont les plus significatifs avec 44,7%.



Mamadou Matar Gueye, statisticien-démographe :
"Une meilleure compréhension des besoins"
L'enquête sénégalaise auprès des ménages a été menée sur la demande du ministère de l'Economie, des finances et du plan, pour mettre à la disposition des autorités publiques des éléments de décision économique. Comme l'explique Mamadou Matar Guèye, statisticien-démographe à la Direction de la Prévision et de la Statistique :
"ses principales conclusions vont d'ailleurs servir pour approfondir la lutte contre la pauvreté, inscrite au rang de priorité dans les orientations tracées par le gouvernement". "Ces indicateurs socio-économiques révélés par l'enquête vont aussi permettre une analyse différentielle entre certaines catégories de ménages pour mieux faire apparaître la compréhension des phénomènes de pauvreté, en milieu urbain comme rural", a précisé M. Guèye.
"Il sera possible ainsi pour les autorités, dans la lutte contre la pauvreté, d'inclure plus d'équité en matière de distribution de revenus et d'infrastructures de base".Dans le domaine de l'accès à l'eau potable, à l'éducation et à la santé, le statisticien-démographe explique que les tendances dégagées par l'enquêtes vont être prises en compte dans la définition et la mise en œuvre des politiques sociales. Et les autorités vont, sur la base des conclusions du document, tenter une correction de certains déséquilibres entre les ménages, en milieu urbain et en milieu rural, pour améliorer la productivité des populations sénégalaises. "Il y a des choix à opérer ainsi que des urgences, et l'Etat va maintenant bien mettre l'accent sur certaines priorités".Le statisticien démographe souligne que l'enquête a d'autre part permis de mieux mesurer l'impact des politiques économiques mises en branle depuis quelques années et leur conséquences sur le vécu quotidien des ménages sénégalais.

Oumar Diagne, socio-anthropologue :
"La pauvreté, une notion à relativiser"
"En occident,l'on est pauvre quand, en deçà d'un certain seuil, l'on est inapte à satisfaire certains besoins primaires relatifs au logement, à la nourriture, à l'éducation, aux loisirs... Alors qu'en Afrique, l'on est pauvre selon une certaine tradition bien établie, quand on a rien à partager avec ses proches, cela, tant du point de vue psychologique que du point de vue matériel". Pour le socio-anthropologue Oumar Diagne, maître de conférence à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, la pauvreté comme la promiscuité, notions largement usitées maintenant du fait de la crise, est à relativiser parce que ne recoupant pas les mêmes réalités en Afrique et en Occident.Son sentiment est que "ce concept de pauvreté des ménages est véhiculé au niveau de l'Administration sénégalaise, ainsi que dans certaines classes sociales, repose davantage sur des considérations liées au pouvoir d'achat que sur des questions proprement humaines". "Dans la société sénégalaise, quelqu'un qui a les moyens et qui les partage avec les autres, on dira de lui qu'il est large ("yaatu"). Or un tel individu, en Occident, ne pourrait jamais réussir socialement, étant donné tous les calculs dont est enclin l'homoéconomicus". Le professeur Diagne est ainsi d'avis que "sans cette notion de partage généralement bien admise en Afrique, de sérieuses questions de survie se poseraient" pour les individus et les populations. Part ailleurs, il souligne que les contraintes de la vie moderne n'autorisent plus ce sens du partage et de la générosité , "étant donné toutes les charges qui régissent aujourd'hui, le goût du bien-être dans une famille équilibrée, l'éducation des enfants". Sans bannir cette légendaire générosité communautaire africaine et sénégalaise, véritable rempart contre la pauvreté, Oumar Diagne fait remarquer qu'"un certain sens social devra nous incliner à nous régler sur les exigences de la modernité, tout en ne sacrifiant pas l'élan de solidarité parentale ou généalogique, qui est encore un bienfait dans
nos sociétés".

Cheikh Thiam


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